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Economiques
Sida, pour une prévention adaptée
Par Esther DUFLO
QUOTIDIEN : Lundi 4 septembre 2006 - 06:00
La perspective d'un vaccin contre le virus VIH/sida étant
lointaine, le seul espoir pour prévenir l'avancée de la maladie,
dans le court terme, est la prévention des comportements à risque.
Dans les pays en développement, les efforts de prévention
mobilisent des ressources considérables de la part des
gouvernements et de celles des bailleurs de fonds internationaux.
Le gouvernement américain a ainsi dépensé 141 millions de dollars
l'an dernier pour la prévention du sida dans le monde.
Mais les efforts de prévention font l'objet de conflits
idéologiques. Dans les pays africains, les rapports hétérosexuels
non protégés sont la cause la plus fréquente de contamination. Les
jeunes, dont les comportements sexuels ne sont pas encore fermement
établis, constituent un public privilégié des efforts de
prévention. Le débat porte sur le message à leur transmettre :
faut-il privilégier l'abstinence, ou les préservatifs ? La droite
américaine penche pour la première option : les élus conservateurs
de la Chambre des représentants ont introduit, dans la loi de 2003,
un amendement qui réserve un tiers des fonds aux programmes
promouvant l'abstinence.
Au Kenya, sur les 26,6 millions de dollars de fonds américains
destinés à la prévention pour 2006, 15,7 sont consacrés à des
programmes de ce type. Cependant, beaucoup, y compris aux
Etats-Unis, pensent que privilégier l'abstinence est
contre-productif, voire dangereux, dans un pays où la plupart des
jeunes sont sexuellement actifs avant 15 ans, et recommandent la
promotion des préservatifs.
L'insistance sur l'abstinence n'est pas seulement le fait de
quelques conservateurs américains isolés. Au Kenya, où les Eglises
jouent un rôle important, le programme scolaire de prévention du
sida, produit d'un consensus politique délicat, prévoit que les
enseignants n'introduisent pas d'eux-mêmes le sujet des
préservatifs. Cependant, le programme n'interdit pas les
discussions : si un adolescent leur pose la question, les
enseignants doivent y répondre. Une intervention dans le milieu
éducatif qui serait centrée sur les préservatifs serait sans doute
très mal reçue, ce qui limiterait son impact. Et même si elle se
révélait efficace localement, elle aurait très peu de chances
d'être adoptée largement. Il est donc essentiel d'identifier des
stratégies à la fois acceptables et efficaces. Cela peut paraître
comme une mission impossible. Mais l'évaluation de quatre types
d'intervention au Kenya, à laquelle j'ai participé avec Pascaline
Dupas et Michael Kremer, me donne des raisons d'être optimiste (1).
Le projet a été mené auprès d'adolescents de 14 à 17 ans dans 328
écoles divisées en quatre groupes constitués par tirage au sort.
Dans chacun des groupes, une approche particulière a été mise en
oeuvre.
La première consiste à former les enseignants au programme
officiel de prévention du sida. Deux autres interventions proposent
à ceux-ci ainsi qu'aux élèves des activités complémentaires,
compatibles avec le programme, mais qui ne font pas partie de la
routine. L'une d'elle consiste à leur faire prendre conscience d'un
fait essentiel, mais ignoré de beaucoup de jeunes : la prévalence
du sida est bien plus élevée chez les hommes adultes que chez les
adolescents ; les rapports non protégés entre jeunes filles et
hommes adultes, fréquents au Kenya, sont donc particulièrement
risqués. L'autre est d'encourager des débats sur le thème même de
la polémique qui déchire les aînés de ces adolescents : «Faut-il
enseigner l'utilisation des préservatifs dans les écoles?» Ce débat
est proposé comme une activité possible dans le «manuel de
l'instructeur» qui accompagne le programme officiel. Il est donc
accepté sans difficulté dans les écoles.
La quatrième intervention vise à réduire l'abandon scolaire en
fournissant un uniforme aux élèves des grandes classes primaires
(cinquième et quatrième). L'uniforme est indispensable pour rester
en classe, et, au prix de 6 dollars, représente une barrière
financière à la scolarisation des adolescents.
Le principal outil pour évaluer le succès de ces programmes,
pour l'instant, est le taux de grossesse chez les élèves. C'est un
bon indicateur de la prévalence des rapports hétérosexuels non
protégés. Si la formation des enseignants au programme officiel ne
semble pas avoir d'effet sur les taux de grossesses, les trois
autres interventions se sont, elles, révélées efficaces. L'approche
donnant l'information sur les risques relatifs fait réduire de 67 %
les taux de grossesse avec des hommes plus âgés. C'est encourageant
: ces interventions sont simples, bon marché, et culturellement et
politiquement acceptables. S'il était confirmé qu'elles conduisent
à une baisse des taux d'infection par le virus VIH, cela ouvrirait
une voie moyenne entre les deux positions extrêmes, dans lesquelles
les efforts de prévention risquent de s'enliser.
Esther Duflo est professeure au Massachusetts Institute of
Technology et à l'Ecole d'économie de Paris. Hotels typiques près de Troyes en Champagne Iles Eolienne Lipari Hotel - Résidence 4 étoiles de charme Hotels et lodges de charme au coeur de l'Afrique Libération ne peut être tenu responsable du contenu de ces liens. |
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